Journal de création SOIE

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Fin mars 2006, sur la route entre l'Isère et l'Hérault, une discussion à propos de nos projets artistiques nous révèle une envie commune de travailler sur le roman Soie.
Réaliser ce projet à deux: pourquoi pas?
Raconter? Lire? L'une serait lectrice, l'autre narratrice. Pourquoi pas?

D'avril 2006 à janvier 2007, errance pour obtenir l'accord de l'auteur, dédale depuis la maison d'édition française à l'agent théâtral d'Italie en passant par les agents londonien puis français mais finalement l'obstination nous récompense: "l'auteur est d'accord, contactez donc la SACD qui réglera ça avec la SIAE (société italienne des auteurs)." !!!...???

De février à juillet 2007, nous constituons un dossier, le diffusons auprès de partenaires potentiels et rencontrons des institutionnels et des programmateurs possibles.
Philippe Montsarrat, responsable de la bibliothèque de Carnon, réagit très vite et nous envisageons ensemble la forme de notre collaboration: des rencontres avec le public pour suivre notre recherche artistique, la mise à disposition de moyens techniques par la ville de Mauguio et la première représentation publique à la salle Bassaget. Rendez-vous pris pour avril et mai 2008.

Août-septembre, c'est le temps du grand questionnement... Par où commencer? Par quel bout prendre cette oeuvre? Que pouvons-nous nous permettre sans trahir le travail de l'auteur? Doit-on l'éclairer de notre propre vision? Quel intêret pour le public et pour nous de faire autre chose qu'une simple lecture? Notre parole conteuse amènera t-elle vraiment un plus? Ou alors un moins?
Dans un deuxième temps, chacune décide de choisir ce qui lui semble incontournable dans le roman; elle doit choisir non pas une idée mais une phrase par chapître. Nous nous rencontrons ensuite pour comparer les "morceaux choisis". Certains se retrouvent et d'autres disparaissent.
Vient alors le temps de la discussion qui oblige à pénétrer réellement dans le rythme du roman. Emergent ensuite des questions auxquelles nous commençons à pouvoir vraiment répondre ensemble et qui nous permettent finalement d'éclairer toutes les précédentes.
Qu'est-ce qui motive chacune d'entre nous dans cette oeuvre? Quels sont les éléments qui nous font vibrer et qui nous donnent l'envie de raconter? Quels sont les chemins, les moments, les rencontres que nous aurions envie d'éclairer, de porter, de donner à voir et à ressentir puisque c'est là tout l'art du conteur. Comment en travaillant à partir d'une oeuvre littéraire, nous pourrons garder notre place de conteuse. Ce qui exige de l'artiste de n'être jamais en représentation.

Octobre-novembre : questionnement à propos de la posture de la lectrice et de la conteuse. Nous définissons les parties lecture qui nous semblent incontournables: les passages à répétition qui font la particularité de ce roman, les scènes dont la poésie et le rythme nous transportent le plus. D'évidence, les explications techniques et historiques présentes dans le récit initial disparaissent ou seront narrées brièvement. Le reste du récit est réécrit par chacune d'entre nous puis nous confrontons nos écrits et les réécrivons à quatre mains. Cette réécriture sera la trace pour une narration qui doit rester vivante donc en évolution permanente. Enfin, chacune choisit les passages qui lui conviennent davantage ainsi que les temps de lecture.
Rencontre avec le comédien Gérard Santi qui doit être le regard extérieur sur notre travail. Premières questions quant à la gestion de l'espace scénique et les rôles et places de chacune : conteuse/lectrice ou non.

Décembre: gestation et commencement d'appropriation des différents récits.

Janvier : nouvelle année mais pas de changement pour notre projet!
Nous nous retrouvons, en pleine digestion, pour nos premiers essais de racontage. Balbutiements, trébuchements, coups d'essai... A nouveau, nous modifions par touche nos interventions.
Au cours d'un autre rendez-vous, premiers filages de lecture et narration en présence de Gérard Santi.

Février: la mise en bouche se précise, se cisèle.
Anaïs Rizza, la créatrice des costumes, nous raconte sa démarche, ses recherches et nous propose différents concepts. A nous trois, nous votons à l'unanimité pour son idée la plus étonnante qui ne sera point dévoilée ici mais à découvrir en direct-live. Nos discussions à propos des costumes nous mènent, de fil en aiguille, à préciser nos intentions de décors mais là encore...chuttt!!!

Mars: nous retravaillons des parties délicates, celles qui ne semblent pas encore fluides.
Recherches sur le terrain des éléments de décor.

Avril: Enfin, sous le regard et l'oreille de Gérard Santi, nous commençons à évoluer sur scène, prises de marque, éléments de la scénographie choisis et approuvés. En quelques jours, les mouvements se profilent, les prises de paroles s'assouplissent et les idées se discutent...
Le 11 avril, nous présentons une esquisse du spectacle devant le public de la bibliothèque de Carnon et ainsi, recevons les remarques pertinentes et sensibles de ce public fidèle depuis janvier.

Anaïs Rizza nous a fait tenir chacune deux heures sans bouger pour l'essai de ses toiles...notre patience est à la mesure du résultat de son travail!

Mai: Dernière ligne droite avant la présentation de la première!
Dés le 6 mai, notre résidence à la salle Bassaget a commencé. Les journées sont intenses, en trouvailles, en coups de sang, en rigolade, et tout de même aussi en travail. Nous apprenons à évoluer dans les éléments du décor, à les intégrer à notre parole. Et notre parole se précise, se raccorde, prend chair.
Anaïs Rizza nous a fait une avant-dernière visite avant la livraison des costumes.
Gilles Hardoin est arrivé avec son enthousiasme, son tact, son matériel et son oeil de peintre.
L'équipe est maintenant au complet! La semaine à venir s'annonce riche, très riche...

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